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vivent en Australie. Les différents peuples aborigènes vivent dans tout le pays, dans des régions très différentes d’un point de vue climatique : de la péninsule de York aux Kimberleys (dans le Nord du pays), des régions désertiques de l’Ouest et du Centre aux régions du Sud, montagneuses.
Le terme Aborigène
Le terme « Aborigène » est un terme générique qui regroupe l’ensemble des 500 peuples autochtones vivant en Australie.
Il s’agit d’un , c'est-à-dire, d’un nom employé par une population pour désigner une autre population, qui signifie « ceux qui étaient là depuis les origines ».
Aujourd’hui, le gouvernement australien considère qu’une personne est Aborigène si elle remplit les trois critères suivants : - Se reconnaître elle-même en tant qu’aborigène - Avoir des ancêtres aborigènes - Être reconnue comme aborigène par son peuple. Ceux que l’on nomme « Aborigènes », se désignent généralement par les termes : Warlpiri, Yolngu, Kija etc. en fonction du peuple auquel ils appartiennent. Les 500 peuples aborigènes ont des cultures, des langues et des organisations sociales différentes.
Les « noms de peau »
Le terme « nom de peau » renvoie à une organisation sociale complexe, d’un point de vue Occidental. Les Aborigènes possèdent au moins quatre noms : un nom et un prénom occidentaux, un nom aborigène et un « nom de peau ». Parfois, ils reçoivent un surnom. Le « nom de peau » est hérité dès la naissance de l’enfant en fonction des « noms de peau » respectifs de ses deux parents. Ce nom détermine la place de l’individu dans la communauté. Les rêves et le territoire dont une personne est responsable (cf la rubrique « Le temps du rêve », ci-contre), les sujets qu’elle a le droit de peindre, son mariage etc. dépendent de son nom de peau. Ce système de nom crée également des liens familiaux complémentaires aux liens du sang. Deux individus de même « nom de peau » seront en effet considérés comme frères et/ou sœurs. De manière générale, chaque individu a plusieurs mères, pères, tantes, oncles, frères et sœurs. Le nombre de « nom de peau » varie selon la taille de la communauté. Ainsi, il peut exister dans une même communauté jusqu’à huit « noms de peau » différents.
Activités principales
Avant l’arrivée des colons, les Aborigènes, nomades, vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette. A partir des années 1900, les colons Européens, qui occupaient d’abord les pourtours de l’île, installent de nouvelles colonies dans les régions centrales. Les peuples Aborigènes du pays n’ont plus le droit de circuler librement et sont contraints de vivre de manière sédentaire dans des villages appelés « communautés ». Aujourd’hui la plupart des Aborigènes vivent en ville où le taux de chômage est élevé. Certaines personnes parviennent à travailler comme ouvriers agricoles dans des ranchs. Dans les régions du Nord, plusieurs peuples restent sur leurs terres en continuant à pratiquer la chasse et la cueillette dans la brousse (« bush » en anglais) ou en pratiquant une activité artistique.
Le temps du rêve
…Raconte la création de l’univers Pour les Aborigènes la notion de « Temps du Rêve » (Dreaming en anglais ou ) correspond à une conception particulière du monde, de la vie et d’eux-mêmes. Bien plus qu’une religion, le « Temps du Rêve » constitue un ensemble de savoirs, de croyances et de pratiques qui influent sur tous les aspects de l’existence.
Selon les Aborigènes, il n’y avait, au commencement, qu’une vaste étendue de terre plate. Des Ancêtres, créatures mi-hommes, mi-animaux, mi-plantes capables de se métamorphoser, émergèrent du sol et sillonnèrent la terre créant ainsi les montagnes, les sources, les lacs, les animaux, les plantes, les hommes… Une fois les choses et les êtres créés, ils retournèrent sous terre ou dans le ciel.
Ces différentes histoires, appelées « Rêves », racontent chacune le parcours d’un Ancêtre (par exemple, le « Rêve de la fourmi à miel »). Le « Temps du Rêve » est donc une manière d’exprimer la création de l’Univers.
… Définit les relations entre les êtres et les choses Ce terme définit également les relations entre tous les êtres et toutes les choses qui peuplent l’Univers (les hommes, les plantes, les animaux, les Ancêtres du « Temps du Rêve »…). Ainsi, les hommes et les femmes sont très étroitement liés aux Ancêtres puisqu’ils se considèrent comme leurs descendants. En tant que tel, ils ont le devoir de perpétuer leurs histoires en racontant, peignant, dansant, chantant le Rêve qui leur est associé. De cette façon la Terre et la Vie peuvent être préservées.
… Lie le passé, le présent et le futur Le « Temps du Rêve » n’est pas à concevoir seulement comme une histoire des origines. Le « Temps du Rêve » est également un concept qui permet aux hommes de s’organiser socialement au temps présent et qui s’actualise en fonction des situations qu’ils rencontrent. C’est ainsi que les Ancêtres apparaissent aux hommes dans leurs rêves pour les guider. Par ce biais, de nouveaux sites sacrés sont redécouverts, des cérémonies peuvent être actualisées… La vie culturelle et spirituelle des Aborigènes célèbrent une unité existante entre l’esprit et la matière qui permet de préserver l’équilibre du cosmos. Ainsi, le « Temps du Rêve » n’est ni passé, ni présent, ni à venir : il est les trois à la fois.
… S’exprime dans la peinture Le « Temps du Rêve » s’exprime dans la peinture contemporaine aborigène, en plus des modes d’expression traditionnels (chants, danses, motifs tracés dans le sable...). Ces toiles peuvent être comparées à une carte géographique, ou à l’image d’un paysage vu du ciel, indiquant l’emplacement des lieux sacrés et l’itinéraire terrestre, souterrain ou céleste d’un Ancêtre. Chaque Aborigène, selon son groupe ou sa famille, est dépositaire d’un rêve et de sa représentation. Il doit alors chanter, danser, peindre ce Rêve dès son initiation et tout au long de sa vie. Traditionnellement le détenteur d’un Rêve ne peut pas en peindre un autre. Cependant, aujourd’hui il arrive que les artistes contemporains se fassent « dicter » un rêve par un membre de leur communauté pour transmettre cette culture. La technique pointilliste souvent observée dans les peintures aborigènes, outre l’évocation du désert, permettent aux Aborigènes de cacher partiellement certains lieux ou parcours sacrés qui ne doivent pas être révélés aux non initiés.
Art contemporain
Une reconnaissance tardive… En 1770, date à laquelle le capitaine Cook annexe une partie de l’Australie, l’existence même de l’art aborigène n’est pas soupçonnée. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que les missionnaires commandent aux Aborigènes des œuvres. Celles-ci, appréciées avant tout pour leur caractère exotique, sont toutefois reconnues comme de véritables productions artistiques et confèrent à leurs auteurs un statut d’artiste. Dans les communautés, les missionnaires incitent les Aborigènes à transposer les tracés faits sur le sable sur des toiles dont la commercialisation va permettre de générer des revenus. Toutefois, si l’on assiste à un engouement certain pour l’art aborigène, celui-ci est peu présent sur la scène internationale et le contenu des œuvres échappe souvent à l’oeil occidental.
Geoffrey Bardon à Papunya… C’est en 1971, grâce notamment à Geoffrey Bardon, que la perception occidentale sur ces œuvres va être amenée à changer. Ce jeune homme d’une trentaine d’année, diplômé en art, quitte son poste d’enseignant dans un lycée de Darwin pour aller enseigner à l’école de Papunya, petite communauté aborigène d’un millier d’habitants du Territoire du Nord. En classe, il va inciter les enfants à peindre les motifs qu’il les a vus tracer dans le sable ; et non plus les histoires de cow-boys et d’indiens qu’ils s’étaient vus encourager à dessiner lors de la colonisation. À la suite de ces dessins, Bardon projette de peindre une fresque reprenant ces motifs sur les murs de l’école, avec l’aide de ses élèves. Au vue des difficultés qu’il rencontre, des adultes initiés proposent leurs services afin de reproduire ces motifs de manière plus conforme à la tradition. Ces dessins d’enfants et la réalisation de cette fresque ne se font pas sans pourparlers avec la communauté aborigène. En effet, que peut-on révéler de ces peintures liées au « Temps du Rêve » et traditionnellement non accessibles aux initiés ? Après de longs débats, la fresque, représentant le « Rêve de la fourmi à miel », est peinte de mai à août 1971.
L’enthousiasme suscité par ce projet provoque une véritable frénésie créatrice au sein de la communauté. Les hommes demandent à Geoffrey Bardon des supports et du matériel pour peindre. Tout ce que l’on peut trouver aux alentours est bon à prendre : papier, carton voir même carrelage ! Comme outils, ils prennent de simples bâtonnets enduits de pigments naturels mélangés à de la peinture acrylique. L’espace restreint du bureau de Geoffrey Bardon se trouve rapidement envahi d’œuvres. Il décide de se rendre à la ville la plus proche, Alice Springs, et d’essayer de les commercialiser. Contre toute attente, ces toiles remportent un vif succès et il rentre à Papunya avec un chèque en poche.
L’art contemporain : vecteur d’affirmation culturelle et de transmission Bardon prend conscience que la vente de ces œuvres peut contribuer à changer la perception occidentale du monde aborigène et ainsi constituer le point de départ d’un nouveau dialogue entre les cultures. L’art peut être un vecteur d’affirmation culturelle et de transmission mais également engendrer une véritable économie. Afin d’optimiser les chances de réussite d’une telle entreprise il s’agit de respecter le mode de pensée des Aborigènes tout en apportant des réponses occidentales en terme d’organisation et de gestion. Ainsi, les motifs jusque là représentés sur le sable ou la peau vont être transposés sur des toiles, seul moyen de les exporter facilement. Cependant, l’art aborigène contemporain ne saurait se réduire à un seul type de pratique artistique. Même si la perception occidentale associe généralement cet art à la peinture sur toile, sur écorce ou encore à la sculpture, d’autres techniques existent également telles que la gravure, le verre ou la céramique…
Les coopératives artistiques Des coopératives artistiques, appelées couramment « centre d’art » sont également créées. Ces structures, bien souvent situées au cœur du village, sont le lieu où les Aborigènes (enfants, adultes, personnes âgées) viennent peindre. Bardon introduit, dans ces coopératives, l’idée d’un coordinateur dont le rôle consisterait à accompagner et conseiller les artistes, tout en ayant une fonction de médiation avec le monde extérieur. Ces coopératives occupent une grande place au sein de la communauté devenant un lieu de contact entre membres de la communauté, où tout le monde peut venir peindre, mais également un lieu de avec le monde « extérieur » et la mondialisation.
Les secrets de l’art contemporain aborigène L’exportation de l’art aborigène et sa commercialisation ont suscité de nombreux débats entre les Aborigènes, tout comme la réalisation de la fresque à Papunya. De longs pourparlers ont eu pour but de définir ce que l’on pouvait montrer ou non. Certains motifs figuratifs décrivant des cérémonies d’initiation de manière trop explicite furent interdits. D’autres, ont été partiellement masqués par une superposition de points, couramment observée sur les peintures aborigènes.
Aujourd’hui l’art contemporain aborigène est porté au devant de la scène internationale par de nombreux artistes tels Crusoé Curddal, Dennis Nona, Andrea Martin Nungurrayi, Dorothy Napangardi, Kathleen Petyarre et Abie Loy Kemarre.
Revendications
Dans le courant des années 1930, les Aborigènes, armés de la langue anglaisde qu’ils ont été contraints d’apprendre, font entendre leur voix. Les revendications sociales, politiques et identitaires fusent. Néanmoins, il faudra attendre l’année 1967 pour qu’ils soient considérés comme des citoyens australiens à part entière. Un processus de revendication des terres est alors entamé. Petit à petit, les Aborigènes obtiennent du gouvernement des aides financières : emplois aidés, aides pour équiper les communautés (logements, sanitaires…). Certaines terres leur sont restituées, leur permettant ainsi de renouer avec une partie de leurs traditions, de leur histoire, et de leur organisation sociale.
En 1971, Harold Thomas, artiste aborigène, invente et dessine le drapeau Aborigène. Il sera présenté pour la première fois le 12 juillet 1971, à l’occasion de la Journée Nationale Aborigène.
La bande noire représente le peuple aborigène. Le cercle jaune symbolise le soleil et l’énergie. La bande rouge fait référence à l’ocre rouge utilisée pour les cérémonies et à la relation spirituelle que les Aborigènes entretiennent avec la Terre. Ce drapeau ne sera reconnu officiellement par le gouvernement que le 14 juillet 1995. Le 13 février 2008, le nouveau Premier Ministre travailliste, Kevin Rudd, prononce des excuses nationales aux Aborigènes victimes de la « ». L’urgence de ce nouveau gouvernement est de « réduire le gouffre matériel qui sépare les noirs et les blancs ». En effet, deux siècles après la colonisation, des inégalités importantes persistent. Les Aborigènes sont actuellement 455 000, ils représentent 2,3% de la population australienne. Sept aborigènes sur dix habitent aujourd’hui en ville, principalement dans des quartiers difficiles. De manière générale, l’espérance de vie des Aborigènes est inferieure de 17 ans à celle des « australiens blancs » et le taux de mortalité infantile est deux fois supérieur à la moyenne nationale.
Un grand merci à...
L’équipe du Musée des Confluences pour la coréalisation de cette page. Pour plus d’informations concernant l’Art contemporain aborigène vous pouvez consulter le site du Musée des Confluences : www.museedesconfluences.fr Le musée des Confluences, qui ouvrira prochainement ses portes à Lyon, a hérité des collections du Muséum d’Histoire Naturelle. Le redéploiement du Muséum en musée des Confluences offre l’occasion de continuer à réfléchir sur la présentation et la représentation de l’autre, en insistant sur le dynamisme des sociétés, leur évolution, leurs enjeux et leur contemporanéité. Les changements de ces sociétés doivent être reconnus par les musées. Dans ce domaine, la réalité autochtone (plus de 350 millions de personnes à travers le monde) nécessite une attention particulière compte tenu des enjeux fondamentaux liés à son existence et à son affirmation. C’est dans cette perspective de contemporanéité que, depuis 2001, sont entrées au musée plus de quatre-vingt œuvres aborigènes australiennes contemporaines.
Lors de la 8ème édition du Grand Bivouac, Bruno Colliot a présenté l’exposition : « L’Australie des Aborigènes ».
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