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Les Toubou

 

Le terme Toubou

 

Nom ToubouOn désigne par le terme « Toubou » un vaste ensemble de populations pastorales qui occupe un quart du Sahara, entre le lac Tchad et le sud de la Libye.

Ces pasteurs se dénomment eux-mêmes Teda au nord, Daza au sud, et parlent deux dialectes d'une même langue, respectivement le tedaga et le dazaga.

 

Le peuple Toubou vit...

Les Toubou sont beaucoup moins connus que les Touaregs, dont ils sont les voisins à l'est. Leur territoire, centré sur la moitié nord du Tchad, s'étend au Sahara et sur sa frange méridionale, le Sahel. Leur nombre est difficile à évaluer. Il pourrait se situer autour de 650.000 environ, dont 40 000 vivent dans l'est du Niger.

Amina waiting for a truck to Agadez city DSC 5083D'une façon générale, les Toubou sont des maîtres de l'adaptation. Leur frugalité et leur fonctionnement social souple, fondé à la fois sur l'autonomie des familles et la solidarité des parents, leur ont permis de survivre aux pires difficultés. Au Niger, l'un des pays les plus pauvres au monde, ils échappent à la misère et la famine.

Les deux grands groupes qui constituent les Toubou, les Daza et les Teda, pratiquent des élevages différents du fait que le pâturage est plus abondant au Sahel. Les Daza, éleveurs de chameaux, de bovins et de petit bétail, sont moins mobiles que les Teda (avec lesquels le film « Vents de sable, femmes de roc », présenté au Grand Bivouac 2011, a été réalisé). Ces derniers sont éleveurs de chameaux et de petit bétail, et ils nomadisent sur de plus grandes distances. Les campements de quelques tentes de nattes sont toujours proches d'un puits ; et les femmes ne déménagent leur tente que si l'eau vient à manquer. Elles s'occupent des chèvres, des chamelons, et élèvent leurs enfants. Les hommes dressent les chameaux et les mènent au pâturage. Ils parcourent de grandes distances et peuvent s'absenter de leur foyer pendant plusieurs années. Ils sont en principe responsables de nourrir leur famille.

Les activité d'élevage des Toubou ne leur permettent pas de produire suffisamment de denrées alimentaires pour vivre en autarcie. Ils dépendent par conséquent de recettes supplémentaires. La vente de chameaux est l'une de ces ressources, mais il préfèrent en général ne pas toucher à leur cheptel pour le laisser s'agrandir. Au Niger, une autre ressource importante est la récolte des dattiers que les Toubou possèdent dans les oasis qui s'étirent entre Bilma et Djado, sur la piste caravanière qui relie le lac Tchad à la Libye. D'autres palmeraies, au Tchad et en Libye, leur appartiennent également.

 

Caravane de dattes des Toubou

Chaque été, les femmes toubou des campements du sud Niger effectuent un voyage de quatre mois. Armées de poignards, emmenant leurs enfants, elles marchent trois semaines vers le Nord. Là, de l'autre côté du Grand Erg de Bilma, se trouvent les oasis de palmiers dattiers. Pendant un mois, elles récoltent les dattes, les font sécher, puis les empaquètent. Ensuite, guidant leurs chameaux lourdement chargés, elles traversent le Sahara en sens inverse, à destination du marché de N'Guigmi situé à la frontière du Tchad et du Nigeria. Sur place, il leur faut un bon mois pour vendre leur stock de dattes.

Amina photo A-F Bersou Au total, elles parcourent à pieds plus de 1500 kilomètres dans une des régions les plus arides au monde : le Sahara. A cette époque de l'année, les conditions sont particulièrement difficiles. Outre la chaleur qui atteint 50°C à l'ombre, il faut braver les tempêtes de sable, les morsures de scorpions, de serpents et d'araignées, ainsi que la violence des orages.

Beaucoup d'autres choses peuvent arriver en chemin, y compris la naissance d'un enfant. Mais ni un accouchement, ni la crainte de s'égarer ou de manquer d'eau n'a jamais fait renoncer une de ces femmes au voyage. Seul le résultat compte : grâce au revenu de la vente, un foyer peut acheter les vivres et les biens nécessaires à sa survie pendant un an.

La caravane exige une force et une endurance remarquables. C'est pourquoi ces femmes prétendent que chez les Toubou, il n'est pas une chose qu'un homme peut faire qu'une femme ne puisse pas faire elle aussi.

Chez nous, les hommes et les femmes c'est la même chose.

Simplement, certains s'appellent « homme » et les autres s'appellent « femme » !

C'est ainsi que Domagali, femme toubou de 50 ans qui mène la caravane de dattes du campement de Bedouaram, résume sa vision des choses. Et en effet, chez les Toubou du Niger, la récolte, le transport et la vente de ces denrées précieuses est une affaire de femmes. Les dattes étant la principale source de revenus de ce peuple nomade, leur responsabilité est considérable.

Le phénomène est unique.

Pour autant, il serait faux de croire que, chez les Toubou, les femmes ont un statut privilégié. Au contraire, jusqu'à leur mariage et leur premier enfant, leur statut social est négligeable. Même mariées, elles n'ont pas les mêmes droits que les hommes et ne disposent pas d'elles-mêmes à leur gré.

Dès lors, en dépit de ses difficultés, la caravane est pour elles un espace de liberté.

 

Place et Statut des femmes...

Avant le mariage, la femme n'existe pas socialement

Les jeunes enfants, garçons et filles, partagent la même vie. Mais dès qu'ils ont 10 ans, les choses changent radicalement. Le garçon part avec son père à la recherche de pâturages. Il apprend avec lui la noble tâche de chamelier. Pour sa circoncision, vers l'âge de 15 ans, ses parents lui donnent des animaux et il est considéré comme un homme, même s'il ne devient véritablement autonome qu'après son mariage. La fillette, elle, aide sa mère dans les corvées du ménage. Elle collecte le petits bois pour le foyer, prend soin des jeunes animaux. Dès qu'elle est assez forte, elle transporte l'eau du puits à la tente, et vers 14-15 ans, lui revient la tâche éreintante d'abreuver les animaux. Pour autant, son statut n'évolue pas. Elle n'a pas son mot dans les discussions familiales, pas même lorsque celles-ci la concernent directement. De même devant des invités ou voisines adultes, si sa mère est présente, elle ne parlera pas car elle n'est qu'une enfant au service de ses parents. La jeune fille n'a aucune existence sociale jusqu'à son mariage.


Le choix de l'élu : l'affaire des parents

Les mariages sont des mariages arrangés. La plupart des femmes –et des hommes– n'ont jamais vu leur époux/se avant le jour de la cérémonie. Ce sont les parents qui décident, et ils soumettent leur décision aux membres de la famille au sens large. Pour les parents d'une jeune fille, le processus est passif : ils attendent les propositions de mariage. Les parents du jeune homme doivent, eux, chercher une épouse pour leur fils. Après accord des familles, le futur marié se met en route pour rassembler la compensation matrimoniale exigée : en moyenne dix chameaux. Comme il ne possède que peu d'animaux, reçus à sa naissance ou lors de sa circoncision, il est obligé de faire le tour des membres de la famille dans les divers campements où ils sont installés pour solliciter le reste. Parfois, il lui faut travailler un an pour qu'un oncle lui donne un chameau. Ce sont donc plusieurs années qui lui sont nécessaires pour rassembler le bétail qu'il doit remettre à son futur beau-père.

Les parents de la jeune fille peuvent refuser un prétendant à n'importe quel moment avant la cérémonie. Si un autre candidat se présente, plus riche par exemple ou capable de rassembler la dot plus rapidement, ou encore connu d'un des membres de la famille qui l'apprécie beaucoup, la décision de départ peut être remise en cause sans que les parents n'aient à se justifier d'aucune manière vis-à-vis du premier prétendant. Craignant qu'un autre homme ne le supplante ou pour hâter les choses, un jeune homme pourra kidnapper sa future femme avant qu'une date de mariage n'ait été fixée. Près d'un tiers des mariages se passent ainsi. Dans ce cas, le futur marié doit trouver un complice dans la famille de la jeune fille, qui lui indiquera l'heure propice et jouera le rôle indispensable de témoin du mariage. S'il réussit à attraper sa « fiancée » et à l'emmener sans se faire rattraper par sa famille, le jeune homme s'arrêtera dans un village le plus loin possible et demandera au chef local de les marier. Le nouveau couple vivra sur place quelques mois, jusqu'à ce que la famille de la mariée accepte le fait accompli. Le mari ramènera alors sa jeune épouse chez ses parents, où elle séjournera jusqu'à ce que son mari ait rassemblé l'intégralité de la compensation matrimoniale requise. C'est après seulement que le mariage sera célébré.


Le mariage : une étape positive

La position sociale et les droits de la femme changent après le mariage. Elle peut enfin boire le thé avec ses parents ou ses visiteurs. En tant que maîtresse de maison, elle prend part aux décisions concernant son foyer. Mais elle dépend toujours de son mari qui est en charge du cheptel. Elle n'a droit qu'au lait des chamelles et lui seul peut vendre un animal s'il le juge bon.

Le mariage est associé à l'idée de la corde par laquelle la femme est symboliquement attachée à son mari, de la même manière qu'un chamelon est attaché à son piquet. Plusieurs expressions en témoignent :

- ezi danné, « elle n'a pas de corde », signifie « elle n'est pas mariée ».

- ezi soma tammé, « Tu n'as pas sa corde », veut dire de même « Tu n'es pas son mari/tu n'es pas marié avec elle ».

La tente, comme la corde, est étroitement liée à l'idée du mariage. Les Toubou disent en effet « ils ont construit leur tente » pour signifier que deux personnes se sont mariées. De même, on dit d'un célibataire « il n'a pas de tente ». Les enfants cessent de dormir dans la tente de leurs parents vers l'âge de 10 ans et jusqu'à leur mariage, jeunes gens et jeunes filles n'ont pas de tente à eux. Ils se font héberger où ils peuvent et les garçons souvent dorment dehors. Une fois mariée par contre, la femme reste propriétaire de sa tente quoi qu'il arrive, même si le mari la répudie.

Yollumi : une période où l'épouse fait de l'opposition pour marquer son honneur

Après la cérémonie du mariage, le couple habite pendant environ deux ans dans le campement des parents de la mariée. Pendant cette période appelée yollumi, le mari doit travailler pour (ou du moins aider) son beau-père. Les jeunes époux apprennent à se connaître, ce qui se traduit, pour la jeune femme, par un refus systématique d'obéir aux ordres de son mari et de le rejoindre la nuit. Cette pratique est normale et même valorisée. Mais il est un temps pour tout, et les parents de la jeune femme finiront par insister pour qu'elle aille vivre avec son mari. Ils peuvent aller jusqu'à la frapper pour qu'elle se conforme à son nouveau statut d'épouse.

Traditionnellement, c'est l'homme qui doit fournir les biens et la nourriture nécessaires à sa famille, tandis que sa femme s'occupe du foyer en utilisant les denrées qu'il a rapportées. Ainsi, le mari part en quête de pâturages pour les chameaux qu'il y conduit. Il lui incombe aussi de retrouver les éventuelles bêtes volées, de pourchasser les voleurs, et par ailleurs de vendre quelques animaux au marché pour acheter les vivres. Ces tâches l'éloignent pendant de long mois. La femme, par contre, en tant que « ménagère », est attachée à sa tente. Elle s'occupe du petit bétail (chèvres et moutons), et prépare le repas pour ses enfants.

Telle est du moins la règle habituelle.

Mais il arrive qu'une femme refuse, bel et bien, l'époux choisi par ses parents.


Divorce

Autant il est impensable qu'une jeune fille émette le moindre avis sur son futur marié avant le mariage (elle ne l'a pas choisi, n'a pas même été consultée à son sujet), autant il est de bon ton qu'elle refuse ce dernier une fois les festivités terminées. Mais si elle s'obstine dans ce refus, il lui faudra beaucoup de courage et de détermination pour gagner la bataille, car seule la fuite lui permettra d'arriver à ses fins. D'abord, c'est la tente nuptiale qu'elle fuira pendant plusieurs mois. Au début, ses parents penseront qu'il s'agit là de la résistance coutumière (toutes les filles évitent la tente nuptiale pendant une période qui va de 5 mois à un an, même lorsqu'elles acceptent leur mari). Puis, voyant leur fille se réfugier chez des amis, des cousins, divers alliés, à qui elle demande d'intercéder en sa faveur, ils finiront par comprendre que son refus n'est pas une mise en scène. Le père demandera alors au mari de répudier sa nouvelle épouse, car c'est la seule façon de mettre un terme au mariage. Les négociations commenceront, qui peuvent être complexes en raison du cheptel en cause. Le mari, blessé dans son ego, peut « mettre des animaux sur la tête » de la femme qu'il répudie, ce qui signifie que le prochain mari devra lui donner ces animaux ou en payer le prix avant de l'épouser. Cette situation est relativement rare, mais elle est appréciée par les femmes qui y voient le signe de leur valeur, même si cela complique la tâche de leur futur époux et amenuise peut-être leurs chances de se remarier.

Près d'un tiers des mariages aboutissent à un divorce précoce, ce que les Toubou trouvent normal vu que les époux ne se sont pas choisis. Mais une fois divorcée, la femme a une grande liberté. Elle peut disposer de son corps comme bon lui semble, alors qu'elle devait être vierge pour le mariage. C'est avec les jeunes divorcées que les hommes ont leurs premières expériences sexuelles. Une femme divorcée a en outre son mot à dire sur le choix de son nouvel époux.

Le divorce, en tant que tel, n'existe pas. L'homme seul a le droit de rompre le lien matrimonial. Il dit alors "sor", "je laisse" (ma femme) ou "ezi-r sor ", "Je laisse sa corde". Si une femme n'a pas refusé son mari dans la foulée de la cérémonie du mariage et mis en place la fuite nécessaire à l'obtention de son divorce à ce moment-là, elle a peu de chance de se voir accorder un divorce plus tard. Les hommes ne le font tout simplement pas. Ceci dit, pour une femme qui a des enfants, le divorce signifie aussi qu'elle les abandonne à son mari, chose qu'elle ne fait pas aisément. L'important cheptel donné au mari par les parents de sa femme le jour des noces reste aussi entre ses mains. Le divorce entraîne donc pour la femme une diminution considérable de ses moyens de subsistance.

On peut dire qu'une fois âgées de 40 ans, les femmes sont considérées vieilles et ne se remarient pas. Si elles ne s'entendent pas avec leur mari, elles s'efforcent généralement d'accepter la situation en organisant leur vie autour de leurs enfants.

 

Un grand merci à...

Nathalie Borgers, cinéaste, et à Catherine Baroin , ethnologue, pour la rédaction de ces pages.

Pour plus d'informations sur les Toubou vous pouvez consulter : http://www.baroin-catherine.com/

ou l'article "La circulation et les droits sur le bétail, clés de la vie sociale chez les Toubou (Tchad, Niger)" C. Baroin.

 

Nathalie Borgers, la réalisatrice de « Vents de sable, Femmes de roc » a mis au point avec les femmes Toubou de la région un programme leur permettant de suivre les formations suivantes :

affiche-film-vents-de-sable-femmes-de-roc1. « Création de coopératives de femmes » ;

2. « Taille des dattiers », pour améliorer le rendement;

3. « Conditionnement des dattes », pour éviter les pertes;

4. « Gestion des stocks et techniques de vente »

5. « Langue française », pour pouvoir échanger avec l'Administration.

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