
Sébastien Viaud
Gold Men, Resistants pour la Terre
Bonjour Sébastien,
Dans quelques jours, tu présenteras, accompagné de Cyril Peyramond, le film "Gold Men, resistants pour la Terre", au Grand Bivouac : festival du voyage et des découvertes partagées. Ce film est ton histoire : l'histoire d'un jeune enseignant et photographe, qui décide de partir un an autour du monde pour rencontrer des hommes et des femmes qui ont reçu le prix Goldman, un prix considéré comme le « Nobel » de l’environnement.
Nous avons dès maintenant, quelques questions à te poser :
- De professeur d’EPS à globe-trotter rencontrant les lauréats du prix Gold Man, quel fut le déclic ? comment as-tu pris connaissance de ce prix ?
Ce projet est né il y a plus de 10 ans, suite aux questions de mes élèves. Je venais de discuter des richesses de la planète et des inégalités d'accès au ressources avec ces collégiens qui se demandent quelle place ils vont pouvoir prendre dans ce monde. Un monde dont on leur dit tellement qu'il va mal... Harcelé de questions, j'ai été frappé par leur sentiment d'impuissance face aux défis qui attendent leur génération. Et petit à petit, leurs questions sont devenues miennes : peut on croire aujourd'hui, que chacun peut jouer un rôle déterminant pour la préservation de notre planète ? Peut on rester positif sans paraître naïf ?
Pour répondre à mes élèves, j'ai voulu trouver des exemples de personnes ayant mis en place des solutions concrètes et efficace pour protéger l'environnement. En effectuant des recherches sur Internet, j'ai découvert la fondation Goldman qui honore des femmes et des hommes qui ont su dépasser leur premier réflexe d'impuissance. Sur le terrain, avec peu de moyens, dans des conditions difficiles, souvent en risquant leur vie, ils ont initié et développé des véritables réponses d'envergure, des solutions de long terme, impliquant les communautés. Quel meilleur exemple pour mes élèves que ces héros ordinaires, ces Résistants pour la Terre, qui, à un moment donné, ont choisi d'aller au bout de leur conviction ? Et pour pouvoir en parler, il me fallait donc partir à leur rencontre, passer du temps avec eux et récolter leur témoignage. C'est ainsi que j'ai décidé de consacrer une année à ce voyage, en traversant plus d'une trentaine de pays et faire encore plus de rencontres.
- Après ton film (qui va être projeté au Grand Bivouac 2011), as-tu rencontré d’autres Gold Men ? Poursuis-tu la route de ces « Résistants pour la terre » ?
Oui, je continue à développer ce projet sur deux axes. D'un côté en restant en lien avec ceux que j'ai rencontré et dont j'essaie de soutenir les luttes via une association que j'ai créé à mon retour : "Résistants pour la Terre". Et d'un autre côté en continuant à voyager pour faire connaître ces femmes et hommes. Mon dernier voyage a duré 6 mois et m'a permis de traverser le sud Caucase et l'Asie Centrale. Les Résistants pour la Terre sont parfois menacés de mort. Ce projet documentaire vise d’abord à protéger ceux et celles qui prennent des risques pour la planète. Si leur travail et leur combat deviennent plus visibles, alors cette publicité peut décourager ceux qui les menacent. C’est le premier objectif du livre, du film et de l'association. Le deuxième est d’éveiller les consciences ici. Plusieurs d'entre eux sont venus en France à l'initiative de l'association et ont pu également rencontrer les élèves investis dans le club environnement de mon collège. En tant qu'enseignant, il était capital de "boucler la boucle" en permettant à mes élèves d'être les dépositaires des témoignages de ces Résistants.
- Quelle(s) corrélation(s) fais-tu entre écologie, droits de l’homme et, je cite, « conviction d’impuissance » ?
La grande difficulté est de dépasser ce premier réflexe, cette "conviction d'impuissance". Lorsque l'on fait face à l'immensité des défis qu'il nous faut relever, on ne peut être qu'écrasé par l'ampleur de la tâche. Alors même que nous avons tous au quotidien bien d'autres problèmes à gérer. Il me semble important alors de ne pas se poser la question "puis je agir ?" mais plutôt "comment vivre ?". L'écologie nous parle de ressources et l'accès équitable à celles ci nous renvoie aux droits de l'homme. Le combat pour l'environnement n'est pas juste un combat pour la nature, pour les poissons ou les oiseaux. C'est un combat humaniste pour le droit de tous à une vie de qualité, aujourd'hui et à l'avenir.
J'ai été frappé par la beauté des personnalités croisées dans ce tour du monde : leur dignité, leur persévérance, leur confiance dans leurs possibilités d'obtenir une victoire, fût-elle minime. Leur humilité aussi, car ils savent que chaque victoire n'est qu'un petit pas, qui peut toujours être remis en cause, et qui n'est possible que grâce au patient travail de tous. Et ils ont connus des défaites, des moments de solitude. Pour les surmonter, certains d'entre eux puisent leur force dans une forme ou une autre de spiritualité; tous s'appuie sur des valeurs qui les dépassent : justice, équité, respect de la vie. Ils y trouvent un ancrage qui les aide à dépasser les difficultés de leur combat quotidien.
Pour survivre à sa puissance démesurée, l'humanité devra développer ces valeurs. Et l'humanité... c'est chacun d'entre nous. Alors, à chacun de préserver sa capacité d'indignation et de choisir son engagement, à travers de petits et de grands combats.
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