
Solenn Bardet – Comment va le peuple Himba ?
Bonjour Solenn,
Depuis combien de temps n’étiez-vous pas retourné au Kaokoland, la région où vivent les Himbas ?
J’y ai passé juillet et aout dernier, puis octobre et novembre. Je repars sans doute en mai. Les projets de l’association, et notamment le projet de centre culturel des minorités hereros, nécessitent depuis quelques temps une présence régulière sur place.
Grace à la mobilisation des Himbas et la pression des ONG, le projet du gouvernement Namibien de construction du barrage d’Epupa, qui menaçait 380 Km2 de meilleures terres himbas a été abandonné.
Aujourd’hui, les Himbas doivent-ils faire face à de nouveaux enjeux ? Sont-ils reconnus en tant que peuple par les autorités namibiennes ? Et quels sont leurs droits dans ce pays ?
Ces dernières années, le principal combat des Himbas de Namibie est celui de la reconnaissance de leurs représentants par le gouvernement namibien. Aujourd’hui, seuls 2 des 42 chefs Himbas (les deux qui soutiennent le parti au pouvoir) sont reconnus par le gouvernement. En pratique, cela n’empêche pas le gouvernement de travailler avec l’ensemble des chefs, mais officiellement ces derniers n’ont aucun pouvoir, et ils ne touchent pas la petite pension que touchent tous les autres chefs traditionnels de Namibie et qui leur permet de se déplacer et d’aller à la rencontre de leurs communautés. Plus récemment, alors que les Himbas pensaient avoir gagné leur lutte contre le projet du barrage d’Epupa, le gouvernement a annoncé un nouveau projet de construction de barrage hydroélectrique une trentaine de kilomètres en aval d’Epupa, sur le site des montagnes Baynes. Ce barrage sera moins important que celui qui était prévu à Epupa, et les conséquences écologiques moins graves, mais pour les Himbas cela signifie quand même perte de terres de pâturages et de la végétation riveraine, disparition de certaines tombes ancestrales, arrivée massive de travailleurs et développement des infrastructures, notamment routières. L’environnement naturel des Himbas est un environnement fragile, qui ne peut permettre aux Himbas et à leurs troupeaux de subsister que parce qu’ils sont peu nombreux, qu’ils ont peu de besoins, et qu’ils savent gérer au mieux les ressources naturelles. Mais depuis quelques années, avec l’arrivée des touristes et de ceux que les Himbas appellent Ovambos (les noirs non himbas), on voit apparaître des problèmes de déboisement, de surpâturage. Les combats des Himbas ne visent qu’à une seule chose : continuer à vivre comme ils le souhaitent sur le territoire qui est le leur. Pour cela, ils doivent se battre sur tous les fronts : politique, environnemental, et culturel.
Pouvez-vous nous parler des projets des Himbas et notamment du projet de centre culturel des minorités hereros du nord-ouest namibien ?
Les Himbas ont compris que leur avenir politique et économique passait par la défense et la valorisation de leur culture. Ce projet de centre culturel est à leur initiative et, ce que je trouve très intéressant, les Himbas ont tenu à ce que ce centre ne soit pas seulement pour eux, mais aussi pour les autres minorités hereros de la région (Hakaonas, Tjimbas, Twas, Zembas …). Ces micro-ethnies, moins nombreuses et moins médiatisées que les Himbas, sont plus encore que les Himbas les « laissés pour compte » du Kaokoland. Elles sont globalement confrontées aux mêmes problèmes de discrimination que les Himbas, et partagent des bases culturelles similaires. Lieu de recherche, de collecte, d’enseignement, lieu de sensibilisation aux cultures himbas, hakaonas, tjimbas, twas et zembas, mais aussi lieu de vie pour ces communautés, ce centre culturel aura pour objectifs principaux de :
- recenser et conserver l’histoire culturelle (pratiques, traditions, connaissances) des communautés - restituer une partie de ces histoires dans un dispositif muséal - informer et accompagner les touristes qui visitent les Himbas et les autres minorités et permettre ainsi aux minorités de s’organiser pour gérer les flux touristiques. - favoriser les échanges culturels par l’accueil d’artistes et chercheurs de toutes nationalités - offrir un lieu d’échanges et de rencontres pour les différentes minorités du Kaokoland - mettre en place des formations (de guide, langues, comptabilité) ainsi que des actions de sensibilisation (prévention santé, HIV, orientation scolaire, conservation des ressources naturelles, etc. …) - plus globalement, offrir aux minorités un lieu de culture et aux jeunes générations des activités ouvertes sur leur avenir
Où nous en sommes dans le projet ? Le site a été choisi, la structure juridique est en place … ne nous manquent que les financements …
Solenn Bardet – Comment va le peuple Himba ?
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