
Le Parc de la Villette présente Une terre, une famille, installation de photographies de Reza spécialement conçue avec le photographe comme une installation monumentale sur les 55 hectares du parc.
Déployées sur les Folies, petits bâtiments rouges créés par l’architecte Bernard Tschumi, vingt-deux photos grand format invitent le promeneur à un face-à -face avec des histoires de vies remarquables, prises dans le maelstrom de l’histoire, de notre destinée commune.
Du Rwanda à l’Afghanistan, du Cambodge à la Chine, la Mongolie et le Pakistan, du Caire à Jérusalem, c’est une invitation à un questionnement sur notre appartenance commune, à rencontrer, à travers les conflits, les douleurs, les rêves qui les animent, les divisent, les rassemblent, des femmes, des hommes des enfants, d’en approcher les singuliers récits, de réfléchir à un monde possible, plus juste.
Le parti-pris de Reza dans cette installation est de recomposer, Ã partir d’une multitude de portraits, une fresque proche du tableau d’histoire.
Gigantesque machine dont nous sommes certes les spectateurs mais aussi, selon le point de vue, la distance aux images adoptée, l’un des personnages; où le jeu des regards est propre à nous interroger sur notre devenir.
Interview avec Reza(publiée en juin 2009 dans « The Paris Globalist ») En tant que journaliste, comment se prépare-t-on pour travailler dans un pays qui cherche à limiter l’information ?Google a beaucoup changé les choses. C’est sans doute le plus grand traître pour les journalistes. Quelqu’un qui débute peut se rendre dans un pays anonymement, avec un visa touriste. Mais si vous avez déjà publié dans un journal, on vous retrouve immédiatement grâce à Google. Cela dit, on peut toujours se débrouiller, trouver différents noms et prétextes. Dans chaque pays c’est un exercice à part : arriver à la source de l’information, ne pas se faire arrêter, sortir son matériel. En 1985, se rendre dans l’Afrique du Sud de l’apartheid en tant que journaliste impliquait de suivre les ordres du gouvernement. Du coup, je suis allé au consulat en affirmant que j’étais un chasseur d’éléphants, et que je voulais me rendre dans le pays pour y photographier les éléphants, désormais protégés. J’ai eu un visa de trois mois. Sur place, j’ai été arrêté plusieurs fois. Mais j’ai toujours réussi à m’en sortir, à sauver les pellicules. Un pays où il est très difficile de travailler aujourd’hui est Israël. C’est un pays qui met énormément d’obstacles à la presse. Le prétexte avancé est toujours sécuritaire. « S’il vous arrive quelque chose, on vous aura prévenu. Si vous y allez et que vous recevez une balle, on ne sait d’où elle viendra ». Récemment, les évènements de Gaza l’ont montré. Y a-t-il des Etats où est impossible de travailler ?Pour un vrai journaliste, le mot impossible n’existe pas. Il y a toujours un moyen d’aller quelque part, de récolter des informations, ou d’enquêter. On ne peut pas se rendre partout avec un gros appareil photo. Mais il n’y a aucun endroit dans le monde où on ne peut aller chercher de l’information. Sauf peut être dans le palais présidentiel de Corée du Nord. Mais même en Corée du Nord, il y a des journalistes qui photographient, filment, interviewent des gens. Une fois sur place, comment faites-vous pour prendre des photos ?Il n’y a pas de formule. Chaque pays est différent. En Afghanistan, pendant la guerre contre les Soviétiques, il n’était pas possible d’obtenir un visa, à moins de venir de Moscou. Nous allions au Pakistan où se trouvaient les Moudjahidin, puis, habillés comme eux, nous traversions la frontière à leurs côtés. Nous suivions les combattants qui allaient affronter les Russes. Parfois, il fallait marcher trois mois dans la montagne, sans aucun lien avec l’extérieur. En janvier 1990, il y a eu un massacre à Bakou, capital de l’Azerbaïdjan, qui faisait partie de l’URSS. Les Russes avaient fermé toutes les routes. Une cinquantaine de journalistes étaient bloqués à Moscou. Un jour, les Russes nous ont annoncé qu’un avion militaire emmènerait tous les journalistes à Bakou le lendemain. Tout le monde était ravi, mais je me suis méfié. Le matin, j’ai appelé la réception pour me faire porter malade. Les autres journalistes se sont fait balader. Ils ont tourné dans les nuages en avion, on leur a dit qu’il n’était pas possible d’atterrir en raison du temps, et on les déposés à Erevan, capitale de l’Arménie, où se trouvaient quelques réfugiés arméniens venus d’Azerbaïdjan. Au lieu de voir le massacre d’Azerbaïdjanais par l’armée russe, ils ont photographié des réfugiés arméniens massacrés par les Azerbaïdjanais. Des amis m’avaient réservé un billet dans le train Moscou-Bakou. Quand le contrôleur passait, je me cachais sur le porte-bagages. 48h après j’étais à Bakou. Pendant trois jours, j’ai photographié les morts et les blessés, accompagné d’un ami qui filmait. A deux, on a pu déjouer un gouvernement comme l’Union Soviétique, qui se pensait si fort et malin qu’il pouvait manipuler CNN. Parmi vos photos, quelles sont celles qui ont été les plus difficiles à prendre pour vous, et quelles ont été les plus importantes ?Vous pouvez aller voir dans mes archives, pas une seule des photos qui s’y trouvent n’était facile à prendre. J’y conserve environ un million de photos, et autant de difficultés. D’un autre côté, les photos qui sont importantes pour moi sont celles qui ont vraiment passé Massoud que j’ai fait. Avec ce portrait, j’ai pu rendre hommage à cet homme à l’époque où il n’était encore qu’un jeune résistant – en 1985 – avant qu’il ne devienne quelqu’un de très important. J’ai fait un portrait de lui qui a parlé au monde. Et cela a beaucoup influencé les Afghans. Cela les a aidé à connaître le personnage, et à l’aimer aussi. Extraits d’interview publiée en juin 2009 dans « The Paris Globalist » |















