» Je ne suis pas un voyageur, je suis un sédentaire angoissé qui bouge. »

![]() |
|
|
|
Articles dans la catégorie Philippe SauveUn nouvau récit de voyage préfacé par Jean Raspail, éditions Les Presses de la RenaissanceMercredi 9 septembre 2009» Je ne suis pas un voyageur, je suis un sédentaire angoissé qui bouge. »
Mots-clefs : littérature de voyage, Philippe Sauve En équilibre précaire sur le MissouriMercredi 9 septembre 2009Que devaient-être les paysages du temps où les Montagnes Rocheuses du Montana, aux Etats-Unis, étaient occupées par les villages indiens ? En descendant la rivière Missouri à bord d’un canoë rouge, acheté quelques dollars au village des Trois Fourches, à la confluence des rivières Jefferson, Madison et Gallatin qui forme la source du Missouri, j’imagine l’étonnement des premiers « coureurs de bois » : ces éclaireurs de la colonisation qui pénétraient les territoires giboyeux des Sioux, d’où ils puisaient les plus belles essences de la faune : peaux de castor, de martres, de loups, de lièvres, de renard… Que de fascinations pour ces missionnaires aventureux arpentant les contreforts du « Grand Boueux », nom que l’on donne au plus long affluent du fleuve Mississippi, sans doute à cause de cette eau fangeuse sous mon embarcation qui ne livre jamais ses secrets ! Que d’émerveillements devant la liberté d’une rivière dévalant les pentes en cataractes splendides, jaillissant d’écumes ou se reposant au fond d’un bassin avant de rebondir vers d’autres roches, d’autres rapides ! Des décors vierges où se déployaient une faune peu accoutumée à la rencontre humaine et où flottaient les fumées blanches provenant de tipis disséminés dans les bois, ainsi que les effluves de la sauge brûlée, purificatrice d’atmosphère. Quelle émotion la belle Shoshone Sacagawea, guidant les coups de rame des deux explorateurs Meriwether Lewis et William Clark, a-t-elle pu éprouver lorsque passant les portes de l’Arche des Montagnes : point sublime marquant le commencement d’un véritable enchantement, elle sentit qu’elle revenait vers sa tribu originelle ? En l’an 2008, ces enchantements n’existent plus sur la rivière Missouri, car les rivages montagneux sont aux mains des fortunés blancs qui y ont bâti leur Empire. Il n’y a plus d’amérindiens, ni le battement sourd des tambours qui résonnait en ces lieux autrefois sacrés. La colonisation a fait son chemin, les pelleteries ont décimé les animaux dont les peaux sont allées orner les épaules de bourgeois, les prêtres ont expliqué aux « sauvages » comment devenir de bons citoyens et au pied des falaises de L’Arche ou de la colline des Dents de l’Ours se répandent à présent les musiques endiablées de jeunes touristes, venus profiter de l’« american riviera ». Le son du rappeur et la musique country ont remplacé les chants inspirés de la belle Shoshone, et le vrombissement des vedettes, le court et énergique souffle des rameurs d’antan. Il n’y a plus de terres sauvages, mais des champs cultivés aux formes rondes, carrées ou rectangulaires, dont les frontières tracées au cordeau sont marquées par des fils barbelés. Les vaches y ont remplacé les bisons. Plus nombreuses que les individus : 3 millions au Montana pour 1 million de femmes et d’hommes, elles paissent et s’enlisent sur des terrains meubles, quand elles ne se brisent pas les pattes en trébuchant dans les trous de chien de prairie, sur ses sols devenus lunaires, percés comme des gruyères par les néfastes rongeurs. L’homme, si petit soit-il devant les immensités, à réussit à en façonner les aspects en bien des endroits. Là où le lit originel du Missouri aurait dû offrir à mon embarcation deux berges faciles à rallier, s’élargissent des étendues d’eau, dont les lames qui en parcourent parfois la surface ressemblent à celles monstrueuses des océans. Il semble que cette main humaine, qui a érigé sur mon chemin tant de remparts en béton : barrages hydroélectriques qui alimentent en énergie les villes industrielles du Sud-est américain, n’ait pas eu le doigté d’un Dieu dans ses manipulations, car les interventions qu’elle a produite ont eu pour effet de déstabiliser un équilibre précaire. Le voyageur en canoë se perd dans les embouchures de lacs artificiels ou au cÅ“ur de marécages se développant sur un littoral défriché. Il s’enlise telle une bête de somme durant des jours sur une grève à jamais molle, visite des forêts à l’allure de bois originel, où il rêve que l’environnement le transforme en « rat des rivières » : expression que l’on donne à ceux qui séjournent trop longtemps sur les berges du Missouri. Mots-clefs : peuples autochtones, Philippe Sauve Aventure en imageMercredi 9 septembre 2009
Mots-clefs : aventure, Philippe Sauve, photographie 2000 kilomètres en canoë sur le « Grand Boueux »Mercredi 9 septembre 2009Je passe cent jours à ramer de la source du Missouri aux plaines arides des Indiens sioux, du village des Trois Fourches à la ville de Pierre, la capitale du Sud du Dakota. Cent jours d’aventures sans comprendre vraiment les motivations qui me poussent ainsi en avant du danger, des imprévus, des chutes fatales dans l’eau glaciale. Au mois de mai, au commencement de mon avancée, l’hypothermie m’aurait empêchée toute nage hors des courants entraînés par les eaux des neiges fondues. Pris par quelques débris, j’aurais pu dériver de longs mois, mort, le corps finissant par ressembler à un vulgaire tronc lisse. Quelle est donc cette énergie qui vitalise mes sens à l’idée d’un tel combat ? Je n’en trouverais sans doute jamais l’origine. Des bribes de réponses apparaissent quelquefois en mon esprit, au gré de ma navigation sur ce « Grand Boueux », à l’instant calme, sans ressac, sans vent venant de face pour freiner mes ardeurs à ramer : ai-je le virus du voyage ; le monde moderne de ma vie en France ne me convient-il pas au point que je tente le Diable d’une Nature complexe ? C’est pourtant bien pour cette Nature que je gouverne mon frêle esquif entre les rochers qui menacent de me renverser, le long de ces berges accores, dépourvues de points d’accostages favorables, formées seulement par un mètre de boue friable, qui file à l’horizon telle une ligne tracée au crayon. La géologie du Missouri m’offre différents types de combats et d’apaisements, tout au long des 2000 kilomètres de rivière que j’ai choisi d’arpenter. Le soir au campement, j’observe le fameux « Big Sky » du Montana. J’assimile pleinement la signification de cette expression de « Grand Ciel » lorsque j’achève ma descente des Montagnes Rocheuses, à mon entrée sur les plaines du Haut Missouri. En ces lieux fréquentés par le couguar et le cerf, le regard de l’homme distingue vers tous les horizons l’arrondi de la planète, un ciel immensément bleu qui se constelle la nuit d’étoiles aux scintillements vifs, où la Voie Lactée hyper visible opère un parfait demi-cercle. Sous le « Big Sky » du Montana, le voyageur que je suis devenu après quelques semaines d’aventures saisi mieux sa position dans l’Univers. Il est debout sur une Terre proche d’un Soleil, cernée par d’autres planètes, d’étoiles et de tant de galaxies… C’est sans doute pour cette vision là que je suis parti… Mots-clefs : aventure, Philippe Sauve, voyage |
![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
| Records de connexions: 9 | Actuellement 4 connecté(s) | Archives | Nos Partenaires | Presse | Nous contacter |
