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Articles dans la catégorie Claude B. Levenson
Jeudi 20 mai 2010
 Pavillon du tibet à l'expo - ©ICT
Il ne suffit pas d’un « pavillon du Tibet » à l’exposition universelle de Shanghai pour donner le change, pas plus que de rafales de nouvelles officielles chinoises pour endormir d’indispensables vigilances. Du côté des informations officielles, parmi les plus récentes, celle-ci : des plans grandioses pour faire du Tibet l’une des principales destinations touristiques du monde – ce qui rapporterait près de 3 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. Parmi les sites directement visés, le Potala bien sûr et ce qui reste du quartier tibétain autour du Jokhang ; un parc naturel « écolo » autour de l’Everest ; le grand canyon du Yarlung Tsangpo (la vallée secrète de Pemakö où le fleuve se précipite vers l’Inde) ; la montagne sacrée du Kailash et le Manasarovar, sans oublier les vastes prairies du Chantang ni, évidemment, Shangri-la… Tourisme, avez-vous dit ? A quel prix pour les Tibétains ? Ce cliché du pavillon de l’expo. Baptisé « Tibet céleste ? ou enfer sur terre ? » en dit long : réponse à choix…
Revers de la médaille. Une quinzaine de blessés lorsque la police ouvre le feu à Labrang
 forces de l'ordre à Labrang - ©ICT
(Amdo) le 15 mai afin de disperser des Tibétains qui protestaient contre la pollution engendrée par une cimenterie à Madang, implantée sur un site sacré. Au début du mois, à Markham (Kham), il y a eu cinq blessés à la suite de protestations contre l’exploitation d’une mine ouverte dans une montagne sacrée – des incidents similaires semblent se multiplier et les forces de l’ordre n’hésitent pas à tirer. A l’abri des regards étrangers, la répression ne faiblit pas : une demi-douzaine de moines d’un monastère près de Chamdo viennent d’être arrêtés sous prétexte d’avoir failli à leurs responsabilités lors des campagnes « de rééducation » avant les protestations de 2008…
Autre trouvaille récente, une circulaire officielle à Lhassa enjoint les propriétaires d’échoppes d’impression et de photocopie d’exiger patte blanche des clients, y compris l’identité et l’adresse, pour utiliser leurs services. Sous prétexte de « mesure de sécurité et de stabilité » et sous peine de sanctions sévères. Et un employé de préciser, prudent : « ne rien photocopier si c’est en caractères qu’on ne comprend pas… » Ce qui en di également long sur le public visé : des fois qu’un quidam mal intentionné se risquerait à photocopier des textes que la doctrine officielle réprouve ! Décidément, dans le sillage des récentes arrestations de musiciens, écrivains, cinéastes, chanteurs, bloggueurs et autres internautes en terres tibétaines, la liberté d’expression doit souffrir du mal d’altitude en ces vastes étendues où naguère, les vents et les nuages caracolaient sans entrave.
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Jeudi 22 avril 2010
 Des moines déblaient à mains nues les décombres. © Andy Wong/Associated Press
Montagnards, randonneurs ou voyageurs auront sans doute immédiatement rectifié d’eux-mêmes : le récent séisme ne s’est pas produit en Chine, mais au Tibet. Il aura cependant fallu près d’une semaine à la presse internationale, il est vrai chichement informée de sources officielles chinoises, pour se rendre à l’évidence : la présence quasi immédiate de moines tibétains accourus au secours des sinistrés ne laissait guère place au doute, même si la région haut perchée et reculée n’était pas forcément très connue. Les mots ayant leur signification particulière en particulier dans un tel contexte, d’emblée on a pu relever que les nouvelles de Pékin mentionnaient le Qinghaï (au nord-ouest de la Chine) et des « ethnies minoritaires », avant de devoir reconnaître que ces régions appelées Kham et Amdo jusqu’en 1965 étaient à 95% tibétaines et que les victimes les plus nombreuses sont « d’ethnie tibétaine ».
 le président chinois s'adressant "à la foule" sur place. © Xinhua/Lan Hongguang
Tout aussi choquante la façon de s’exprimer des agences de presse internationales reprenant ces termes à leur compte, jusqu’à ce que, dans la presse anglo-saxonne dumoins, des Tibétains exilés donnent de la voix. Ils ne semblent guère avoir été entendus dans la presse européenne. A croire que s’est subrepticement imposée ces derniers temps une tendance nouvelle, potentiellement révélatrice, du « chinoisement correct », allant jusqu’à nier aux victimes leur propre identité, leur droit de mourir en Tibétains comme ils avaient, plutôt mal que bien, vécu depuis un demi-siècle sous la férule répressive d’un régime qu’ils perçoivent comme étranger.
Et la journée nationale de deuil décrétée par Pékin n’arrange en rien les choses – avec l’ordre intimé aux moines de regagner leurs monastères, y compris à ceux de Sera venus de Lhassa, et l’interdiction faite à des commerçants tibétains de la région d’apporter eux-mêmes des secours, sous prétexte que l’aide devait être distribuée uniquement par des organismes officiels.
 Le drapeau rouge planté sur les ruines: ajouter l'insulte à la souffrance. © Andy Wong/Associated Press
Si le gouvernement reconnaît que le nombre des morts dépasse 2.000, dans des monastères des alentours, des moines ayant accompli les rites funéraires ont brûlé plus de 2.000 corps en un seul jour, tandis que les bûchers continuent de brûler. Et si le président Hu Jintao a interrompu son voyage sud-américain afin de rentrer « diriger les secours », les images montrant son rapide passage sur place n’ont guère besoin de commentaires, alors que des rescapés ont remis une lettre aux autorités les priant de laisser le Dalaï-Lama, né en Amdo, venir les réconforter… Mais qui donc aujourd’hui en Chine aurait le courage politique d’une telle initiative ?
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Lundi 29 mars 2010
 Sans commentaire...
Du témoignage d’une voyageuse de retour dernièrement de Lhassa : « Le 10 [mars] j’étais dans les rues de Lhassa, j’ai compté 27 voitures blindées noires de la police et une trentaine de blindés de l’armée, avec des bus entiers de flics et de militaires et des camions avec hauts parleurs qui vantent la « révolution »…Ma guide m’a cherchée partout, je n’avais pas le droit d être seule dans les rues, ils plantaient des drapeaux chinois partout où cela était possible, envie de vomir… Et à moins d’être fou, on n’a pas envie de manifester devant toutes ces fusils, les types couchés sur le toit des voitures et des tanks avec les mitraillettes dans les mains, prêts a viser… » Ajouter à cela des annonces de lourdes peines infligées au petit bonheur la malchance ici ou là , aussi bien dans la région dite autonome que dans les comtés rétifs du Kham ou de l’Amdo, sous n’importe quel prétexte, la Chine officielle a toujours mal au Tibet. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son œuvre de sape de l’identité tibétaine. Ainsi, des infos qui se recoupent confirment qu’entrepris à la mi-décembre 2009, les travaux de percement d’un passage
 Rencontre cubano-tibétaine pour le respect des libertés fondamentales
souterrain entre les côtés est et ouest de la grand-place ouverte devant le Potala (dans quel dessein ?) ont entrainé des inondations qui menacent directement les fondations du palais d’hiver – pourtant inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1994. Ce qui ne semble guère émouvoir grand monde… Au Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, pendant ce temps, dernière marotte en date, on pérore et on disserte en vase clos sur la protection des religions contre le blasphème, tandis que les victimes des agissements illégaux de divers gouvernements n’ont même pas voix au chapitre. En parallèle pourtant, une scène saisie au vol à l’occasion d’un Sommet (alternatif) dans la même ville sur la démocratie, la tolérance et le respect des libertés fondamentales : une dissidente cubaine qui s’approche de Phuntsog Nyidron, l’une des « nonnes chantantes » de Drapchi dont le témoignage digne et serein a fait couler des larmes dans l’auditoire, saluant son courage et leur détermination collective, la remerciant de cet exemple de résistance à la dictature… Et soudain revient en mémoire ce commentaire d’Alexandre Dubcek en 1968, à l’arrivée des chars à Prague : « ils peuvent écraser les fleurs, ils ne peuvent arrêter le printemps »…
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Mercredi 3 mars 2010
A l’abri des caméras de télévision et des appareils de photos, le président Barack Obama a reçu le Dalaï-lama à la Maison Blanche, en dépit des vitupérations chinoises. A en croire un communiqué de presse aussi sibyllin que lapidaire, ils se sont entretenus trois quarts d’heure durant du Tibet, de la situation sur place et des droits de l’homme. Et le ciel n’est pas tombé sur la tête des dirigeants du parti communiste chinois ? Pourtant, on pouvait craindre le pire pour eux, avec tout le vacarme médiatique, la vague d’avertissements et de remontrances, de menaces même pas voilées orchestrés pour conjurer ce mauvais sort. Et puis rien, à peine une tempête dans un verre d’eau…
Certes, la rencontre a été méticuleusement chorégraphiée, pas de vaines discussions avec la presse au sortir de la résidence, juste quelques photos volées en attendant la photo officielle – une seule, soigneusement choisie et laissée à la libre interprétation de chacun, et comme pour détendre une atmosphère empesée, un geste malicieux une mini-boule de neige à la main envers les journalistes conviés à venir un peu plus tard en un lieu plus accueillant poser des « questions pas stupides ». Tout de même le temps d’apercevoir des sacs poubelles empilés sur le bas-côté de l’allée empruntée par le petit groupe… Laisser des invités sortir par une porte de service pour ne pas froisser davantage de lointaines susceptibilités mal placées – décidément, les bonnes manières se perdent même à la Maison Blanche !
Le leader tibétain exilé ne s’en est même pas formalisé : il ne mange pas de ce pain-là . Le lendemain, il a déclaré comprendre la situation délicate dans laquelle se trouvait son hôte américain face aux suspicions de ses partenaires chinois. Mais au fait, ceux-ci doivent se mordre les doigts : s’ils ont obtenu grâce à tout ce tapage un service minimum à huis clos, qui donc les informera avec certitude des propos échangés entre les deux interlocuteurs ? Serait-ce pour tempérer l’effet malencontreux de ces mines offensées qu’un porte-avions américain a été parallèlement autorisé à mouiller dans le port de Hong Kong ? A Washington, les responsables américains s’en tirent à peu de frais autant auprès de leur opinion publique qu’auprès de ceux – et ils sont nombreux – qui espéraient un geste fort en faveur d’une cause et d’un peuple dont le sort compte pour l’ensemble du monde. Reste à voir ce qu’il adviendra au-delà des mots une fois retombée la poussière de « l’événement »…
 La seule photo officielle
 L'envers du décor
Mots-clefs : Chine, Claude B. Levenson, Dalaï Lama, Tibet Publié dans Claude B. Levenson, Les Invités |
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